Revue de presse de l'association Pluriel face à incestes et abus sexuels

Revue de presse et réalisations de l'association Pluriel face à incestes et abus sexuels

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mercredi, avril 23 2008

L'art-thérapie : créer pour guérir

Conflits intérieurs, angoisses, difficultés personnelles, désordres émotionnels... Vous aimeriez consulter mais vous n'avez pas le courage ou l'envie d'entamer une psychothérapie ? L'idée de vous allonger sur un divan vous rebute ? Essayez l'art-thérapie. Cette technique de développement personnel propose d'utiliser la création artistique pour exprimer ses sentiments refoulés. Contrairement à la psychothérapie classique, la guérison ne passe pas par la parole. Le principe : en transformant la matière, l'individu se transforme lui-même. De sa souffrance naît une production artistique qui symbolise son cheminement personnel.

Si l'art a toujours été utilisé dans les sociétés primitives pour soigner les malades, ce n'est qu'en 1950 que se développe l'art-thérapie en tant que telle, à l'occasion du premier congrès mondial de psychiatrie. Est alors créée la Société Internationale de Psychopathologie de l'Expression.
Laisser parler son inconscient
Danse, théâtre, peinture, sculpture, collage, musique, marionnettes... L'éventail des possibilités se veut très large. A vous de choisir le mode d'expression qui vous correspond le mieux. Vous n'êtes pas très manuel ? Vous ne savez pas danser ? Pas de panique, l'art-thérapie ne nécessite aucun talent artistique, bien au contraire. Elle demande juste une bonne dose de sincérité. Laissez-vous aller et donnez libre cours à votre imagination, à votre puissance créatrice. En somme, exprimez-vous sans réfléchir, suivez vos pulsions ! Une telle démarche vous permettra d'accéder à votre inconscient.

Lors de la première séance, le patient s'entretient avec le thérapeute. Il lui explique les raisons de sa présence et ce qu'il attend de la thérapie. Au cours des consultations suivantes, il se lance dans la création, en présence du thérapeute qui le guide et l'encourage dans sa création artistique, sans le contraindre. Car il n'est pas là pour vous apprendre à chanter ou dessiner ! Lorsque ce dernier constate qu'une forme ou un motif se répète d'une oeuvre à l'autre, il invite le patient à travailler sur cet élément. A la fin de chaque séance, un débriefing permet de faire le point : le patient décrit son ressenti et ses émotions pendant la séance, tandis que le thérapeute le questionne, le pousse dans sa réflexion sans jamais l'influencer. En effet, son rôle ne consiste pas à fournir une interprétation de l'oeuvre créée, mais à aider le patient à comprendre les symboles qui ont pris corps sous ses mains.

L'art-thérapie est utilisée pour guérir troubles psychosomatiques, addictions, psychoses, dépressions légères et autres problèmes psychologiques. Comme toute thérapie, elle permet également de mieux se connaître. Cette méthode est particulièrement indiquée pour les personnes peu enclines à verbaliser leurs souffrances et leur tourbillon intérieur. C'est le cas des enfants notamment, ou des adolescents souvent réfractaires à une psychothérapie classique. Artistes, s'abstenir : une trop grande maîtrise des techniques de création risque d'entraver le processus d'abandon.

EN SAVOIR PLUS
  Le site de l'INECA
La fédération française des arts-thérapeute

En pratique
Il n'existe pas de diplôme d'art-thérapeute en tant que tel, mais de nombreux instituts de formation ont vu le jour. Généralement, les art-thérapeutes sont des psychothérapeutes spécialisés, des infirmiers, des éducateurs...

L'art-thérapeute exerce en cabinet privé ou bien au sein d'établissements de soins ou de prévention. Les séances d'art-thérapie peuvent être individuelles ou collectives. Elles durent entre une et trois heures selon le nombre de participants. Côté tarifs, comptez de 50 à 70 euros la consultation, les prix varient en fonction du nombre de participants et de la technique choisie. Quant à la durée de la cure, il n'existe pas de règle : quatre séances peuvent suffire pour certaines personnes, tandis que d'autres patients ont besoin de plusieurs années pour guérir.
  Claire Sassonia, Journal des Femmes
source :http://www.linternaute.com/femmes/psychologie/actualite/0701-art-therapie.shtml

COMMENT AIDER VOTRE ENFANT

Être le parent d’un enfant ayant vécu des violences sexuelles demande de la patience et de la compassion pour vous-mêmes et pour votre enfant.
Les enfants abusés auront souvent des difficultés liées à la confiance, à l’intimité, à la sexualité; ils/elles peuvent passer par des moments de colère, de tristesse voire de dépression. Ils/elles pensent souvent qu’ils/elles auraient dû être assez fort-e-s, courageux-ses, solides pour empêcher l’agression de se produire. Il est extrêmement important d’aider l’enfant à se déculpabiliser en mettant la responsabilité sur l’agresseur. En tant que parent vous pouvez également, s’il y a lieu, réfléchir à vos propres sentiments de colère, de culpabilité... Voici encore quelques conseils en vrac:

  • Votre enfant a besoin de temps pour guérir, soyez patient-e
  • Respectez ses besoins de solitude ou au contraire de présence
  • Ne prenez pas ses colères contre vous personnellement mais reconnaissez le fait que l’enfant puisse en avoir à votre égard
  • Cherchez de l’aide pour vous-mêmes auprès d’ami-e-s, d’autres parents d’enfants abusés, d’un-e thérapeute
  • Ne vous identifiez pas à la souffrance de votre enfant
  • Instaurez un climat de confiance dans votre relation avec votre enfant : tenez votre parole, ne niez ou ne minimisez jamais l’abus et les souffrances dues à l’abus
  • Si c’est le désir de l’enfant, revenez sur le sujet de l’abus aussi souvent qu’il/elle le voudra
  • Considérez votre enfant non pas comme une victime, mais comme un être à part entière qui, à un moment de sa vie, a vécu un événement auquel il/elle a fait face du mieux possible
  • Ne sur-protégez pas votre enfant, apprenez-lui à se protéger lui-même/elle-même
  • Souvenez-vous que le processus de guérison n’est pas linéaire et que votre enfant repassera plus d’une fois par les mêmes étapes (de négation, de colère, de tristesse...)
  • En cas de crise : soyez patient-e, doux-ce, rassurant-e. Demandez à votre enfant de quoi il/elle a besoin, et surtout allez chercher de l’aide si vous vous sentez débordé-e.

Voici une lettre qu’une femme adulte, victime d’abus sexuel dans son enfance, a écrite en se mettant à la place de sa mère. Ce sont les mots qu’elle aurait voulu lire, entendre de la part de sa mère alors qu’elle faisait face aux souvenirs des abus sexuels commis sur elle par son grand-père maternel:

''Chère Laure,

J’ai reçu ta lettre aujourd’hui. Je suis tellement désolée que tu passes par des moments si douloureux. J’ai eu tellement de peine à croire ce que tu m’as raconté - jusqu’à présent - parce que je ne voulais pas reconnaître le fait que mon père ait pu te faire le mal qu’il t’a fait. Pour moi, le fait de nier ces événements a été la manière la plus simple de faire face aux moments pénibles de ma vie. Mais maintenant que je prends conscience à quel point tout ce qui s’est passé t’a affectée, je réalise que je dois cesser de nier et te donner mon soutien. Je crois ce que tu me dis; ce que mon père t’a fait est une atrocité et je comprends parfaitement à quel point cela t’a fait mal et a affecté ta vie. J’imagine que tu dois te dire, de temps en temps, que cela aurait été mieux si tous ces souvenirs n’étaient pas remontés à la surface, mais tu peux enfin arrêter de te poser toutes les questions qui t’ont tourmentée depuis si longtemps.
Laure, je suis profondément et sincèrement désolée de ce qui t’est arrivé. Je suis désolée de ne pas avoir vu, de ne pas avoir pu intervenir, de ne pas avoir su capter les messages que tu me lançais et désolée aussi que tu doives vivre avec tout ça aujourd’hui encore. Mon plus grand regret est que je ne t’aie pas protégée, mais tu dois savoir qu’à cette époque, on ne pensait même pas que ces choses là puissent exister.
Malheureusement pour nous deux, on ne peut revenir en arrière. Pourtant, maintenant nous sommes dans le présent, deux femmes adultes. En tant que mère, je veux te donner tout l’amour et toute l’affection que je peux pour t’aider à traverser cette épreuve. Je ne dis pas cela pour te presser, je sais qu’il te faudra du temps pour guérir des effets que ces abus ont eu sur toi, sur ta vie. Tu as vécu avec un secret empoisonné à l’intérieur de toi-même pendant plus de 20 ans et cela a dû être extrêmement difficile. Je veux que tu saches que tu as tout mon soutien aussi longtemps qu’il le faudra. Ton grand-père ne gagnera pas, Laure, tu ne le laisseras pas faire et moi non plus. Dis-moi ce que je peux faire pour toi et je le ferai.
Je veux aussi te dire que cette dernière année a été l’une des plus dures de ma vie. Ça a été l’enfer pour moi d’accepter que mon père ait pu te faire cela, l’enfer aussi de détruire cette image que je m’étais construite de l’homme qui m’a élevée.
Il y a eu des moments où je t’ai détestée d’avoir amené toute cette horreur dans ma vie, mais à présent je réalise que ce n’est pas de ta faute - c’est de la sienne. C’est lui qui nous a fait ça. J’ai compris cela et j’ai enfin réussi à laisser partir ma colère et à me mettre un peu plus dans tes souliers.
Je n’ai jamais pensé qu’un jour viendrait où je te dirais tout cela, mais je suis heureuse que tu m’aies parlé. Tu m’as donné une chance de te donner à mon tour l’amour et le soutien que j’aurais aimé pouvoir te donner alors, quand tu ne pouvais pas te défendre.
Laure, je pense que tu es extraordinairement courageuse de faire ce travail sur toi-même. Je suis fière de toi. La volonté que tu mets à faire face à la vérité, à ta vie, est une source d’inspiration pour moi. J’espère seulement que je pourrai faire face à ma vie avec autant de détermination.
Pendant un moment, j’ai cru que l’inceste allait nous déchirer et détruire tout l’amour qui existait entre nous. Mais maintenant, je sais que c’est seulement avec ce genre de vérité que l’on peut construire une relation saine entre mère et fille, ce genre de relation que nous avons toujours voulu. Je pense sincèrement que ce processus de guérison peut nous rapprocher.

Avec tout mon amour, maman''

Ces informations sont partiellement tirées du livre de Laura Davis et Ellen Bass : “The Courage to Heal”, Harper Collins Publisher, Inc.1988 (revised edition). Source : http://www.fairelepas.ch/021_parents.php

AIDER UNE PERSONNE PROCHE, HOMME OU FEMME, ABUSÉ-E SEXUELLEMENT DANS L'ENFANCE


Être le/la partenaire d’une personne ayant vécu des violences sexuelles dans son enfance demande de la patience et de la compassion pour vous-mêmes et pour votre conjoint.
Les personnes abusées ont souvent des difficultés en rapport avec la confiance, l’intimité, la sexualité; elles peuvent passer par des moments de colère, de tristesse ou de dépression.

Votre conjoint a besoin de temps pour guérir, soyez patient-e
Respectez ses besoins de solitude ou au contraire de présence
Ne prenez pas personnellement ses colères
Encouragez votre partenaire à suivre une thérapie ou à rejoindre un groupe de soutien
Cherchez de l’aide pour vous-mêmes auprès d’ami-e-s, d’autres partenaires de personnes abusées, d’un-e thérapeute
Exprimez vos besoins à votre conjoint et respectez-vous dans cette relation
Ne vous identifiez pas à la souffrance de votre partenaire
Mettez des limites dans ce que vous pouvez faire pour aider votre partenaire
Instaurez un climat de confiance dans votre relation : respectez votre parole, ne niez ou ne minimisez jamais l’abus et les souffrances dues à l’abus
Dans votre intimité et dans vos rapports sexuels : dialoguez le plus possible et respectez les limites de votre partenaire
Demandez-vous si vous désirez poursuivre votre relation si elle devient trop déséquilibrée et malsaine
Considérez votre partenaire non pas comme une victime mais comme quelqu’un qui, à un moment de sa vie, a vécu un événement auquel il/elle a fait face du mieux possible et qui est responsable de son changement aujourd’hui
Souvenez-vous que le processus de guérison n’est pas linéaire et que souvent il semble que la personne n’avance pas ou même retourne en arrière et repasse par les mêmes épreuves (de négation, de colère, de tristesse...)
En cas de crise : soyez patient-e, doux-ce, rassurant-e.
Demandez à votre partenaire ce dont il/elle a besoin, et surtout allez chercher de l’aide si vous vous sentez débordé-e

EN RÉSUMÉ :

  • Relation présente désirée
  • Relation passée abusive
  • confiance
  • trahison/peur
  • respect de soi/de l'autre
  • non-respect
  • limites claires
  • limites floues
  • honnêteté
  • mensonge
  • ouverture/vérité
  • secret
  • égalitaire
  • abus de pouvoir (victime)
  • autonomie
  • dépendance

Vivre avec une personne qui a été abusée sexuellement dans son enfance et qui est activement engagée dans un processus de guérison peut être enrichissant pour vous-même et pour votre couple.

Ces informations sont partiellement tirées du livre de Laura Davis et Ellen Bass : “The Courage to Heal”, Harper Collins Publisher, Inc.1988 (revised edition) Source : http://www.fairelepas.ch/021_conjoints.php

TRAVAILLER AVEC DES PERSONNES ABUSÉES SEXUELLEMENT DANS LEUR ENFANCE

“Notre première et ultime loyauté en tant que thérapeute doit être pour nos patients et leurs besoins, pas pour nos collègues et leurs théories”
Alan Gurman

Si, dans le cadre d'une relation d'aide, votre interlocuteur-trice a été abusé-e sexuellement dans son enfance, voici quelques conseils qui pourront vous être utiles lors de votre/vos entretien-s : - La personne est la seule "experte" en ce qui concerne ce qui lui est arrivé et ce dont elle a besoin

Croyez la personne et soyez prêt-e à entendre des choses difficiles
Croyez qu'elle peut s'en sortir et soyez attentif-ve à votre utilisation du terme "victime" (son futur n'est pas déterminé par son passé)
Aidez la personne à construire autour d’elle un réseau de soutien et un cadre dans lequel elle se sente en sécurité (par ex. avec un contrat) pour prévenir des actes dangereux ou violents pour la personne et pour les autres
Aidez-la à trouver l'aide appropriée dont elle a besoin (thérapeute homme ou femme? travail individuel ou en groupe? ...)
Utilisez les compétences que la personne a développées (par ex. capacité de dissociation). Cherchez et mettez en valeur ses ressources et ses forces
Apprenez à reconnaître les symptômes et les schémas récurrents
Soyez attentif-ve aux "perches" que la personne vous tend et posez-lui des questions sans pour autant la forcer à s'exprimer
Renseignez-vous par rapport à des abus (au sens large) antérieurs à celui mentionné
Si une personne vous parle une seule fois d'un abus sans donner suite, c'est à vous de revenir sur le sujet Soyez créatif-ve... (si la personne ne peut l'exprimer verbalement, peut-elle le dessiner?)
Validez le fait que la colère est un sentiment très sain par rapport à l'abus sexuel
Si la personne a ressenti du plaisir lors de l'abus, aidez-la à se débarrasser du sentiment de honte qu'elle peut ressentir
Vérifiez si elle a un problème de drogue, d'alcool ou autre dépendance (afin de trouver l’aide spécifique) Validez le fait qu'elle a eu besoin de mettre en place certains mécanismes et comportements (anorexie, toxicomanie, etc...) pour survivre à l'abus
Validez ses besoins même si vous ne pouvez les remplir
Aidez la personne à se confronter à son agresseur, à porter plainte même après plusieurs années, si tel est son désir
Présentez-lui une palette de comportements sains qu'un enfant est en droit d'attendre et de recevoir de la part de ses parents ou d'autres adultes

ATTENTION :
Ne minimisez pas l'abus
Ne dites jamais ou ne sous-entendez pas qu'elle est à blâmer pour l'abus et/ou qu'elle doit pardonner à son agresseur
Ne passez pas trop de temps à essayer de comprendre l'agresseur
Ne dites pas ou ne sous-entendez pas que la préférence sexuelle de la personne est un résultat de l'abus sexuel
Attention à l'utilisation du toucher, même amical: avant d'entrer en contact avec la personne, vérifiez si elle est d'accord !
Respectez le cadre de votre relation professionnelle avec cette personne, les relations sexuelles sont à proscrire

EN OUTRE :
Soyez prêt-e à être le témoin de moments extrêmement douloureux
Explorez vos propres croyances et émotions concernant les abus sexuels
Soyez donc attentif-ve à vos propres attitudes
L’abus sexuel est un traumatisme, si vous ne l'avez pas vécu, retrouvez parmi vos expériences de vie celles qui s'en rapprochent le plus
Soyez conscient-e de vos limites et n'hésitez pas à demander aide et conseils auprès de vos collègues ou d'autres services.
Source : http://www.fairelepas.ch/021_professionnels.php

Le terrible problème de l'inceste

J'étais bien calé sur mes recherches dans le domaine de l'image et de l'imaginaire quand j'ai été confronté à plusieurs témoignages d'abus sexuel sur des enfants, dont certains en bas âge. Mon expérience m'amène souvent à accompagner régulièrement des adultes qui ont été abusés durant leur enfance. À mes débuts dans l'action sociale, j'avais déjà dû faire face à des cas d'inceste avéré... Pourtant, j'avoue être demeuré, durant de longues années, dans mon refuge sans que cela me conduise à une quelconque action ni prise de position. Plusieurs affaires judiciaires mettant en cause des pédocriminels, dont l'affaire de la Cour d' Assises de St Omer, m'ont mis hors de moi. Soudain, je prenais conscience que, comme psychologue clinicien, je ne pouvais cautionner les dires et les conclusions de mes collègues experts ; je ne pouvais tolérer plus longtemps ce que les théories psychologico-analytiques laissaient entendre sur la transgression du tabou de l'inceste. Depuis très longtemps, il m'était apparu évident que, pour être au plus près de l'humain, dans ses joies et dans ses peines, il fallait écarter nos belles théories que je tiens pour antédiluviennes et terriblement réductrices. La confrontation à ces différentes affaires me montrait que nous n'étions plus dans un amphithéâtre à débattre entre spécialistes. Les dégâts s'étalaient, là, dans la presse et le prétoire. J'avoue mettre fait « prendre par la banalisation du mal ».
En novembre 2004, je me mis donc à l'écriture d'un essai qui traduirait mon expérience dans ce domaine. Ils sont nombreux à souffrir en silence, dans le secret... se sentant même coupables de ce qui advint un temps de leur passé.
Quelque terrible que soit cette réalité, il importe de savoir, de s'informer, cela ne concerne pas les « sous-classes » de nos sociétés quiètes et confortables, cela nous touche bien près. Ce n'est ni un drame de la misère, ni un aspect sombre mais exceptionnel de nos sociétés.
À mon avis, nous ne pouvons éviter de penser que, dans une société prédatrice comme l'est la société de marché, le prédateur, où qu'il soit, de quelque sorte qu'il soit, bénéficie d'emblée d'un préjugé favorable et d'une écoute bienveillante auprès des juges, contre ceux qui l'accusent. Parce que c'est un point aveugle de nos mœurs. Parce que nos sociétés occidentales sont fondées sur une dialectique dominant/dominé. Et cela pouvait fort bien marcher avec, en fond de bataille, une éthique solide et des garants pour la protéger. Or, force est de constater une délisquescence de l'humanité de nos mœurs.
J'entends par là une perte du fondement essentiel dont tout groupe humain a besoin pour durer : le sentiment. Cette chose qui ajoute humanité et bienveillance à chaque acte civil, moral ou politique. Or une société qui se fonde sur le rationnel, le pragmatisme, la raison pure perd progressivement toute forme de souplesse et d'acceptation de la différence, de l'étrangeté... de ce qui dérange pour défaut de non conformité à l'ordre établi.
Les victimes ou les rescapés de l'inceste posent problème par la portée d'une plainte qui dévoile un malaise plus profond que la simple «névrose personnelle».
Le fiasco général d'Outreau pourrait m'exhorter à la plus grande prudence quant à défendre la victime... du pédocriminel. Certains journalistes n'ont-ils pas crié au loup en raillant la « généralisation du mal » que d'autres voulaient dénoncer au début de ce qui n'était qu'une affaire criminelle banale ? En mettant en exergue le grave problème des condamnations abusives, on oublie trop vite qu'il y eut vraiment des enfants victimes. Qui en a parlé durant les battages médiatiques ?
Il ne faut pas que ce crime se banalise ! Il est le reflet insidieux d'un mal plus profond qui ronge les fondements de nos idéaux les plus précieux.
Je livre ici quelques réflexions inspirées par les événements de ces dernières années autour du problème de l'inceste.

La marque spécifique de l'inceste sur sa victime

La personne adulte qui aurait été victime d'inceste ou de violence durant son enfance présentera des caractéristiques spécifiques qui permettent de supposer rapidement l'existence d'une stase psychique. Nous trouverons des caractéristiques identiques chez ceux qui auraient eu à subir des faits de guerre, des exodes forcés ou des violences de sang. Mais l'inceste inflige une marque spécifique : la violence vient d'un parent ou d'un adulte ayant autorité. Le sentiment de trahison qui survient est non seulement très prégnant mais il est au point de fondation de la personnalité.
Devenu adulte, tout se passe comme si une personnalité de surface s'était constituée. La blessure de l'enfance aurait occasionné une lésion telle que l'énergie psychique aurait été conduite à trouver d'autres circuits en évitant les zones douloureuses de la mémoire et de la psyché. Tout se passe comme si une sorte de cal s'était créé et des circuits dérivés cherchaient à reconstituer l'entité humaine avec le maximum d'énergie disponible.
Il y a donc une faille dans la structure globale de la personnalité. L'Ego se forme à partir de représentations qui ne sont plus approvisionnées par une continuité de l'histoire de la personne. Dans sa vie, cet adulte se reconstitue de manière quasi instinctive car l'élan naturel qui conduirait à s'en remettre aux parents est désormais coupé. Le lien de confiance, fondamental dans l'édification e la personnalité a été gravement blessé.
Par-dessus ce cal, l'énergie psychique recrée donc un Ego de substitution, sans racine. Il flotte dans un lieu et un temps sans véritable lien avec le passé, ou si peu. On a parfois l'impression de se trouver face à des personnes froides ou distantes, « pas présentes » à la réalité. Comme si le sujet se noyait dans un monde de rêveries. Parfois certaines de ces personnes surcompense cette blessure en « en faisant trop » ! Autre manière de cacher la plaie et d'attirer un peu d'amour. Comme si, être simplement soi-même ne pouvait suffire.
Chez un individu qui aurait vécu une histoire banale, le contact au monde - la réalité physique objective -, se constitue à partir des sensations, des émotions et des intuitions et c'est grâce à la relation souple à toute l'histoire du sujet que des représentations naissent de ces « affects » pour conduire à une action judicieuse et contrôlée. De plus, ces représentations résultent de l'apport parental primaire qui permet une rapide réponse aux sollicitations du milieu.
Chez les victimes d'inceste ce lien à l'histoire n'existe pas ou bien il se trouve fortement altéré. La trahison de l'adulte a fortement lésé cette faculté de l'enfant à s'abandonner et à faire confiance. L'Ego se constituera plus tard une sorte de peau par imitation de modèles externes car ce qui prime, c'est bien la cohésion de la psyché, donc l'exercice d'un contrôle minima de la dynamique psychique. Cette cohésion contrôlée s'opère sans relation avec « la profondeur psychique » : l'histoire du sujet et toutes les représentations qui pourraient en découler.
Cette cohésion n'est pas non plus reliée au patrimoine « génétique », l'histoire des parents et de la famille, ce qui peut s'avérer très grave. En effet, l'individu se retrouve un peu comme un exilé qui parviendrait dans un pays sans rien en connaître et qui serait obligé de s'adapter par le seul effet de sa sensibilité aux comportements des autres sans qu'il en comprenne tout à fait le sens. D'où cette apparente déconnexion émotive, ce semblant de froideur. Il n'y a pas d'adhésion globale, profonde aux faits de la réalité. On trouve d'ailleurs chez les exilés de force ce même type de distance au monde. Les actes quotidiens, la personnalité globale sont déconnectés du sens des choses.

La sexualité, le couple

Partant des constats suivants : « Les conséquences de l'inceste atteignent l'ensemble de la vie des personnes qui en ont été la victime. Ces conséquences apparaissent également dans leurs relations avec les autres, y compris dans ses aspects les plus intimes. Pour une personne qui a été victime d'inceste dans l'enfance, homme ou femme, une relation amoureuse peut-être une expérience particulièrement complexe, voire douloureuse. », les éditeurs du site de l'Association Internationale des Victimes de l'Inceste, l'AIVI lancent un débat sur le thème : « Vivre en couple après l'inceste ». Ils posent les questions suivantes : « Est-il encore possible de faire confiance à l'autre lorsqu'on a été victime d'inceste ? Les victimes d'inceste ont-elles tendance à développer des relations de couple particulières ? La relation est-elle un danger, ou est-elle plutôt un espoir ? Quelle place peut ou doit prendre un(e) conjoint(e) vis à vis du passé d'une victime ? Quelle est la place des relations sexuelles dans la vie de couple d'une victime d'inceste ? ... »
Les difficultés rencontrées dans la sexualité découlent du processus de gel des sensations et des émotions. Elles sont la conséquence d'une lésion située plus en amont. Celle-ci, nous l'avons vu est bien plus conséquente, globale et porteuse de blocages diffus et étendus. Ce sont les instances de régulation de la relation à l'autre qui sont altérées. D'une part, l'individu s'est construit sans modèle, d'autre part, sa propre image en miroir est endommagée. Tout le dispositif de reconnaissance et d'intégration des affects et des instincts est altéré car la personne a été trahie par son père et sa mère, donc par les porteurs des représentations primordiales pour la construction de la personnalité. Dans un premier temps, donc, c'est la capacité à faire confiance à l'autre qui est amoindrie, voire considérablement blessée. Faire confiance, c'est aussi se lâcher, s'abandonner en toute sécurité dans la relation. Il règne donc une certaine confusion dans la capacité à distinguer le bien du mal. La personne risque ainsi de se laisser piéger dans des situations les plus variées, des plus positives aux plus négatives.
Dans sa construction, la personne a dû user des sources d'énergie qui sont antérieures à celles qui s'appuient sur les parents comme supports de projections structurantes, vecteurs d'adaptations pertinentes à soi et au monde.
La conscience de l'individu ne pourra pas intégrer correctement les messages qui sont à l'origine des sensations et des émotions, ceux-ci se trouveront livrés à eux-mêmes, soumis à des forces archaïques et primaires. Nous serons donc souvent dans l'excès, de prudence ou, à l'inverse, d'animalité. Entre ces extrêmes on trouvera les comportements les plus variés.
Ainsi, les personnes les plus portées à trouver leur épanouissement grâce aux stimulations du milieu, chercheront, plus ou moins instinctivement, à se créer une expérience à travers des aventures variées et multiples, parfois les plus folles, comme si la conscience avait perdu une barrière, celle du discernement. On retrouve là l'impact de cette étrange désaffection du monde qui provient d'un manque de repères transmis par les parents.
Les personnes plus intériorisées se protègeront plus volontiers, car leur tendance naturelle les conduit à intérioriser d'abord, à agir ensuite. Comme la sexualité implique tout l'individu, ces personnes risquent de se retrouver isolées et solitaires.
Admettons que dans le cours naturel du processus d'évolution d'un enfant, l'éveil à la sexualité se fait, dans nos cultures, entre 13 et 16ans, précisément en même temps que l'apparition des émois caractéristiques de la période de l'adolescence. Ces émois, hormis quelques ajustements se retrouveront inchangés tout au long de la vie de l'individu.
Les transgressions et abus se produisent, le plus souvent, avant cet âge, quand l'enfant est entièrement sous la dépendance de la force de l'adulte. C'est donc avant même l'apparition des processus constitutifs de la sexualité adulte que se produisent les plus graves lésions psychologiques, sans oublier les lésions physiques qui altéreront également l'image que la personne aura de son propre corps.
C'est donc en amont de la sexualité que les problèmes de couple se poseront. Et nous retrouverons souvent ce même rapport à l'émotion, contenue, malvenue souvent et rarement dévoilée. Comme si la personne reconstituait le processus du viol quand elle est confrontée au dévoilement de son intimité. Consciente de cela, elle peut faire diversion durant de nombreuses années en masquant sa souffrance. J'ai rencontré des couples où la femme s'est confiée alors que tous ses enfants étaient majeurs et autonomes. Plus grave encore, c'est le problème de la confiance en soi qui est altérée. L'atteinte à la dignité de l'enfant imprègnera la vie entière de l'adulte si aucune réparation n'est entreprise. D'où cette difficulté à se confier, parfois, la vie durant.

Entre soumission et rébellion

La personne se retrouvera toujours dans la nacelle de l'ambivalence, entre soumission et rébellion. La soumission renvoie aux séquelles du crime subi. La rébellion lui rappelle que de nombreux pans de sa personnalité demeurent étouffés, refoulés. Puisque le pont entre Conscient et Inconscient est plutôt soumis à suspicion — la personne ne se fait pas confiance — on pourra voir s'épanouir des caractères soumis à des humeurs changeantes sur fond de sensibilité exacerbée.
La soumission mieux acceptée par une femme, voire recherchée par elle, du fait de l'empreinte masculine de nos sociétés, ne résoudra jamais rien car la personne aura toujours, en sourdine, la vague impression que ses propres sentiments ne sont pas entendus et que sa véritable voie se trouve ailleurs.
Chez l'homme, la mise sous boisseau de ses sentiments, la soumission incontournable à l'influence des autres pourra conduire à des comportements, soit d'effacement total, soit de rébellion incompréhensible et violente.

''Inceste et pédocriminalité : crimes contre l'humanité de Kieser 'l Baz Illel, éditions Lierre et Coudrier, Toulouse, 300 p., 15 x 21 cm. Bibliographie et appareil critique, 19 € franco de port.''
source

Le dilemme médico-juridique du signalement des maltraitances sur mineurs

D'après les informations du Secrétariat à la santé, 21000 enfants seraient victimes chaque année en France de mauvais traitements. Parmi eux, 700 enfants décèderaient tous les ans à la suite de privations ou de sévices infligés par leurs proches, soit près de deux enfants chaque jour. Parmi ces 21000 enfants, 47% avaient fait l’objet d’un signalement antérieur (1).
Le médecin confronté au constat de sévices sur mineurs se trouve au cœur d’une toile d’araignée tissée de fils aux trajectoires diamétralement opposées.
Chaque fil représente l’exécution d’une obligation dont le respect de l’une équivaut à la violation d’une autre.
Comment être sûr pour le médecin de faire le bon choix ?
Ce conflit d’obligations ne peut être résolu par le recours au principe de la hiérarchie des normes car ces devoirs bénéficient tous d’une force juridique égale.
Signaler ou ne pas signaler ? Quel médecin n’a pas déjà été confronté à ce dilemme ?
C’est en pleine connaissance des principes juridiques régissant le signalement des maltraitances que le médecin pourra trancher sereinement.
Existe-t-il à la charge du médecin une obligation de signalement ? Quelle conduite adopter en pratique ? Essayons d’aborder ces questions.

LE SIGNALEMENT : UNE FACULTE OU UNE OBLIGATION ?

UNE DISTINCTION ENTRE LE DROIT PENAL ET LE DROIT DISCIPLINAIRE
Le Code Pénal et le Code de déontologie n’ont pas la même approche.
Dans son article 44, le Code de déontologie dispose que « lorsqu’un médecin discerne qu’une personne auprès de laquelle il est appelé, est victime de sévices ou de privations, il doit mettre en œuvre les moyens les plus adéquats pour la protéger en faisant preuve de prudence et de circonspection.
S’il s’agit d’un mineur de 15 ans, ou d’une personne qui n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état physique ou psychique, il doit, sauf circonstances particulières qu’il apprécie en conscience, alerter les autorités judiciaires, médicales ou administratives ».
C’est donc une obligation de signalement que le Code de déontologie impose aux médecins.
Cette obligation ne vaut cependant qu’au regard de la responsabilité disciplinaire du médecin dans l’hypothèse où il ferait l’objet d’une plainte devant le Conseil de l’Ordre.
Les médecins croient souvent à tort qu’ils ont l’obligation, de part les dispositions du Code pénal, de signaler aux autorités compétentes tous sévices constatés sur des personnes en état de vulnérabilité. Or, il ne s’agit pas pour eux d’une obligation mais d’une simple faculté, le Code pénal tenant compte de leur obligation relative au respect du secret professionnel.
Toutes les personnes astreintes au secret professionnel ont simplement la possibilité de signaler des maltraitances. Ce signalement n’a pas de caractère impératif (article 434-3 alinéa 2 du Code Pénal), sauf lorsqu’elles ont eu connaissance des sévices en dehors de leur exercice professionnel.
Toutefois, lorsque le médecin use de cette possibilité, il ne peut lui être reproché d’avoir violé son obligation au secret médical.
Le Code pénal érige le signalement en dérogation légale au secret professionnel.
En effet, le Code pénal prévoit que l’obligation générale et absolue de secret professionnel « n’est pas applicable …au médecin qui, avec l’accord de la victime, porte à la connaissance du procureur de la République les sévices qu’il a constatés dans l’exercice de sa profession et qui lui permettent de présumer que des violences sexuelles de toute nature ont été commises » (article 226-14 du Code Pénal). Faut-il en déduire que le médecin est à l’abri de toute poursuite ?
Ce droit au silence concédé au médecin au nom du respect du secret professionnel n’est pas de nature à légitimer l’abstention de porter secours à personne en péril.

UNE FACULTE CONVERTIE EN OBLIGATION EN CAS DE PERIL IMMINENT ? Si la règle du secret médical autorise le médecin à se dispenser d’une dénonciation, elle ne lui permet pas de se réfugier dans l’inertie lorsque le mineur est dans une situation de danger immédiat.
Le délit de non assistance à personne en péril ne comporte pas cette excuse du respect du secret professionnel.
Pour que ce délit soit caractérisé, le Code pénal (article 223-6) et la jurisprudence pénale exigent :
• Un péril imminent, c’est-à-dire un véritable danger (et non pas un danger futur ou hypothétique) nécessitant une intervention immédiate impossible à différer.
• L’absence de danger pour le secouriste lui-même.
Si cette condition peut aisément être exploitée par tout citoyen secouriste, elle a peu de chance de prospérer au profit d’un médecin.
• Une abstention volontaire : il faut que le médecin ait eu conscience de l’état de péril dans lequel se trouvait la personne.
Il appartient donc au médecin d’apprécier si les conditions de cette infraction ne sont pas réunies, avant de se dispenser d’un signalement au nom du respect de son obligation au secret professionnel.
En tout état de cause il doit être soucieux de protéger l’enfant, mais aussi de ne pas lui porter tort.
C’est ce que lui dicte l’article 43 du Code de déontologie qui stipule que « le médecin doit être le défenseur de l’enfant lorsqu’il estime que l’intérêt de sa santé est mal compris ou mal préservé par son entourage ».
Si le médecin considère que l’intérêt de l’enfant commande de signaler les soupçons de sévices dont il semble faire l’objet, il doit néanmoins le faire avec circonspection et prudence.

UNE FACULTE A USER AVEC PRUDENCE

L'EXEMPLE D'UNE CONDAMNATION DISCIPLINAIRE
En raison de soupçons d’abus sexuels sur une mineure de 13 ans, le Dr F. sollicite de son confrère gynécologue l’examen de sa patiente.
Avant même de connaître les résultats de cet examen, quelques jours plus tard, en présence d’un autre confrère pédiatre, il informe les parents de l’enfant de son intention de procéder à un signalement au Parquet, ce qu’il fait le jour même par fax en produisant un faisceau d’observations cliniques.
La jeune fille restera hospitalisée 3 semaines jusqu’à sa convocation par un juge pour enfant.
Elle sortira 3 jours après, avec autorisation et avis conforme des médecins.
Après expertise concluant à l’intégrité de l’hymen et à l’absence de tout argument en faveur d’abus sexuel, le Procureur procèdera à un classement sans suite quant aux éventuelles poursuites pénales.
S’estimant victimes d’un préjudice moral, les parents de l’enfant décident de porter plainte contre le pédiatre.
L’enquête de la D.D.A.S.S conclura de manière accablante pour le pédiatre : absence d’observation médicale écrite dans le dossier, absence de travail de synthèse avec les différents praticiens, absence de travail en réseau …
Au soutien de sa défense, le Dr F. plaidera qu’il n’a jamais accusé nommément les parents de la jeune fille et que son rôle s’est limité, dans l’intérêt de l’enfant, à les informer de ses soupçons. Il expliquera que la durée d’hospitalisation de l’enfant tient au fait qu’elle ne souhaitait pas sortir.
Les arguments du pédiatre ne suffiront pas à emporter la conviction du Conseil de l’Ordre : « …en dehors de toute constatation clinique (notamment par un gynécologue), il apparaît qu’il appartenait en l’espèce au Dr F. d’être particulièrement prudent. Qu’en procédant à un signalement en l’absence de la réquisition de l’avis d’un gynécologue, ou plus exactement en l’espèce, avant d’obtenir toute réponse de la part de ce gynécologue, le Dr F. a incontestablement manqué de prudence et de circonspection, enfreignant ainsi les termes de l’article 44 du Code de déontologie ».
Cette faute fut sanctionnée par la peine de l’avertissement.

QUELLES LEÇON EN TIRER ?
Il appartient au médecin de ne procéder à un signalement qu’après avoir recueilli un certain nombre de constatations médicales objectives.
Il ne peut dénoncer sur simples soupçons sous peine de se faire condamner pour manque de prudence et de circonspection, telles que dictées par le Code de déontologie.
Le signalement doit se limiter à une description objective des faits, à des constatations médicales. De la lecture des textes, on peut déduire que l’alerte et l’information des autorités compétentes se limitent à l’existence et à la description éventuelle des sévices ; elles ne s’étendent pas à la dénonciation de leur auteur.
Dans son rapport d’avril 2001, le Conseil de l’Ordre donne quelques directives de conduite utiles aux professionnels de santé :
Il recense trois éventualités susceptibles de se présenter pour un médecin :
1) en cas de doute, lorsque le médecin suspecte l’existence de sévices, mais n’en a pas pour autant la preuve, il peut alerter les autorités administratives, c’est-à-dire le Service Départemental d’Action Sanitaire et Social (S.D.A.S).
2) en cas de présomptions, lorsque le médecin dispose d’un certain nombre d’indices graves, précis et concordants, dont le regroupement lui paraît significatif de la probabilité de sévices, il peut informer les autorités judiciaires, c’est-à-dire notamment le juge des enfants qui prendra toutes les mesures de protection.
3) en cas de certitude, lorsque le médecin se trouve en présence de signes avérés de sévices, il peut en aviser le Procureur de la République, lequel dispose d’un pouvoir coercitif et peut ordonner des poursuites qui seront alors confiées au Juge d’instruction afin de traduire les contrevenants devant les juridictions répressives.
Selon le Conseil de l’Ordre, dans tous les cas, l’hospitalisation de l’enfant peut apparaître comme une mesure de sauvegarde.
Dans l’hypothèse où les parents refusent l’hospitalisation, le médecin doit aussitôt en aviser le juge des enfants, lequel peut, d’autorité, prendre toutes les mesures visant à la protection de l’enfant. Ce juge peut notamment ordonner son hospitalisation.

CONCLUSION

Pour conclure, disons que ce conflit d’obligations, tel que décrié en introduction n’en est pas vraiment un : • l’obligation au secret n’est pas un obstacle, sauf pour ce qui a trait à l’identification de l’auteur présumé des maltraitances ou lorsque le médecin en a connaissance en dehors de son activité professionnelle. • l’obligation d’assistance à personne en péril est enfermée dans des conditions très étroites, rarement réunies.

Béatrice COURGEON
Docteur en droit
MACSF
Mel : beatrice_courgeon/macsf@macsf.fr
Lien : http://www.urgence-pratique.com/Legal/Art-legal-06.htm

1. - Robert Saury, rapport adopté lors de la session du Conseil national de l’Ordre des médecins d’avril 2001.