Revue de presse du 22 mai 2008
Par Shy le jeudi, mai 22 2008, 13:53 - Revue de presse quotidienne - Lien permanent
FRANCE - De la pornographie au viol : il agresse sa sœur Posté le Mardi 20 mai 2008 @ 19:33:00 par CPDH
Un fait d'actualité suscite particulièrement l'écoeurement : deux jeunes garçons de 11 et 12 ans ont violé la sœur de l'aîné des deux, âgée de 10 ans, après avoir visionné, en sa compagnie, un film pornographique. Les faits ont été révélés car les deux garçons avaient eu l'idée de se filmer, l'un l'autre, en train d'abuser de la fillette à l'aide de leurs téléphones portables, puis avaient diffusé les images dans leur collège.
Depuis des années, un débat tronqué a lieu entre ceux qui dénoncent la pornographie comme un facteur de déstructuration de la personne et ceux qui s'offusquent de ces critiques au nom de la liberté individuelle. Pourtant, il semble bien y avoir un parti pris pour maintenir au moins un statu quo et refuser de considérer la pornographie pour ce qu'elle est réellement : une négation de l'humanité.
Cette négation se fait à plusieurs niveaux : celui de la personne exposée dans sa nudité, celui de la personne qui la regarde devant un écran ou dans un livre, et celui de l'intermédiaire, c'est-à-dire de la personne qui diffuse, qu'il s'agisse d'un réalisateur, d'un producteur, d'un cameraman ou d'un éditeur. Mais est également dégradé le genre humain : celui ou celle qui s'adonne à la pornographie a un regard dévié sur les personnes sexuellement différenciées de lui. Dès lors, la vision de l'amour et de la sexualité est aussi déformée.
Dans Le bruit et la fureur de William Faulkner, une fillette grimpe sur un poirier pour espionner, par la fenêtre, ce qui se passe autour de la mort de sa grand-mère, et raconter la scène à ses frères. L'enfant est sur son arbre pour assister à une histoire d'adultes. Le visionnage, par des enfants, de films mettant en scène des adultes s'adonnant à des ébats sexuels les entraîne dans un monde qu'ils ne peuvent comprendre. En effet, ils n'ont pas le recul affectif, la maturité relationnelle et la conscience de soi comme de l'autre suffisantes pour appréhender les relations intimes. Qui plus est, les psychologues s'accordent pour dire que les enfants perçoivent ces relations comme des agressions sexuelles.
Passons rapidement sur la négation de l'humanité des principaux acteurs de ce type de films et ouvrages pour nous concentrer sur celle de ceux et celles qui les regardent. C'est là le sujet de cette actualité.
Les personnes qui se laissent déborder par leur curiosité face à la pornographie se dénigrent à, au moins, deux voire trois niveaux que nous allons voir de manière concentrique : elles se réduisent à l'animalité asservie par des pulsions ; elles réduisent ou empêchent de se développer une des caractéristiques de l'humain, la conscience du bien et du mal ; enfin, elles nient leur potentiel social puisqu'elles finissent par ne plus accepter l'altérité de l'autre genre qui n'est plus que réduit à l'état de moyen.
La réduction à l'animalité
L'être humain dans l'acte sexuel est censé se donner et recevoir. La notion du don gratuit et non instinctif - ce qui exclut l'alimentation par les animaux de leur progéniture - est une notion humaine. Son idée traduit la préoccupation de partager ce qui est aimé avec qui est aimé, qu'il s'agisse du coucher de soleil ou des relations physiques. Le don humain ainsi considéré est respectueux, car il prend en compte la différence de l'autre traité par celui qui donne comme ce dernier aimerait être traité.
Dans la représentation pornographique, s'il y a don, ce n'est pas le partenaire qui est son destinataire. Qu'il éprouve éventuellement du plaisir physique n'est pas le but et n'est qu'« accidentel », seulement lié à des mécanismes biologiques - voire peut-être psychologiques, en cas de volonté exhibitionniste. Le destinataire est le voyeur. Cependant, ce don ne se préoccupe pas de son bien-être, mais d'une contrepartie monétaire ou non ; il s'agit donc d'un échange mercantile. Les donneurs n'éprouvent rien pour le destinataire, spectateur purement abstrait pour eux. On peut même plutôt penser que la personne forcée de se prostituer et ainsi filmée éprouve, même détruite, encore de la honte à l'idée d'être vue. La gratuité et l'intérêt pour l'autre, sous quelque forme qu'ils puissent prendre, étant exclus, il ne s'agit pas d'un don au sens noble, témoignage d'humanité.
De l'autre côté, le voyeur, destinataire, reçoit en égoïste et égocentrique. Il reçoit sans partager et en se souciant de ses seules pulsions. Peu lui importe les conditions qui amènent les personnes à se dégrader devant lui. Derrière ces actes, il peut y avoir des enlèvements de femmes ou d'enfants forcé(e)s à se donner dans des spectacles obscènes, mais le prétexte est souvent avancé qu'il s'agit de personnes consentantes. Feignons alors de le croire ! Mais le consentement a bien une raison et il est évident que l'exhibitionnisme n'étant pas normal, plus d'une de ces personnes consentantes a dû choisir de se dégrader ainsi parce qu'elle avait déjà été dégradée. Une enfance faite d'abus sexuels peut conduire une personne à ne plus se respecter et à s'offrir aux regards de tous, peut-être même pour être aimée. De ces drames psychologiques, le voyeur n'en a cure et seule compte la satisfaction de ses pulsions physiques. Il se comporte comme un animal.
La conscience du bien et du mal
Se réduisant à un être physique, il permet à l'image d'anesthésier sa conscience. Premièrement celle d'être plus qu'un animal ; secondement, celle du bien et du mal. La confrontation, comme dans ce fait divers, de la personne au début de sa construction, c'est-à-dire de l'enfant, à la pornographie est alors dévastatrice pour les repères qui auraient commencé à se mettre en place. Un verset de la Bible témoigne de la nécessité d'un temps pour donner des repères moraux à l'enfant. Ne pas respecter ce processus de maturation conduit à saper les fondements de l'adulte qu'il sera un jour.
Le schéma judéo-chrétien pose un cadre à la sexualité : celui de l'union entre adultes qui se sont attachés l'un à l'autre et devenus indépendants. Ce schéma exclut l'enfant qui ne peut comprendre avec suffisamment de maturité ce qu'est l'attachement amoureux puisqu'il est encore trop centré sur lui-même quant à la sentimentalité. Il en est également exclu de par sa dépendance envers ses parents. Accessoirement, remarquons que, du côté des exhibitionnistes payés ou contraints à s'accoupler, la relation ne rentre pas non plus dans le schéma de Genèse 2, car il n'y a pas d'attachement, pas plus que de choix indépendant du partenaire.
L'enfant témoin de scènes de sexe n'a pas la maturité, disons-nous, pour appréhender la relation sentimentale dans sa plénitude. Il est en construction et ce qu'il voit participe à sa formation. D'autant plus, ici, que ce qu'il voit étant souvent tabou, il n'y a pas d'adulte pour lui dire que ce n'est pas là l'amour. Ses repères moraux sont faussés et il confond le bien et le mal. Il est acquis que les adultes regardant des images pornographiques perdent la notion du réel et finissent par mépriser l'autre, en général la femme. Il est acquis que la publicité même normale a un effet sur les adultes qui la voient. On ne peut alors qu'admettre la très forte probabilité qu'un enfant soumis à des images pornographiques soit fortement et durablement influencé par ce qu'il voit. La déchéance est une normalité pour lui. Le docteur Mary Anne Layden, du centre de thérapie cognitive de l'Université de Pennsylvanie, affirme que contrairement aux drogues dont l'organisme peut se débarrasser, les images pornographiques restent à jamais gravées dans la mémoire.
La conscience du bien et du mal étant perturbée, le visionneur de films pornographiques peut être conduit à agresser sexuellement son prochain, sans même se rendre pleinement compte de la souffrance qu'il peut occasionner. Un cas exposé devant la Cour européenne des droits de l'homme en 2005 concernait l'atteinte à la dignité : un homme avait torturé sa femme, d'abord consentante, au cours d'une relation sexuelle sadomasochiste. Cette dernière s'était évanouie à quelques reprises sous l'effet de la douleur et suppliait, en vain, son mari d'arrêter, quand elle était consciente. L'époux a expliqué, dans son argumentaire qu'il pensait que non voulait dire oui... ! (K.A. et D.D. c/Belgique, 17 février 2005.)
Dans le cas qui fait actualité, les enfants qui ont violé cette fille étaient dans le même schéma de pensée : l'incapacité à comprendre l'autonomie de l'autre et sa capacité, comme son droit, à/de refuser ce qu'il n'aime pas.
Les défenseurs de la pornographie préfèrent imputer la croissance des agressions sexuelles à la mauvaise éducation, à la démission parentale, voire aux conditions sociales dans lesquelles vit l'agresseur. Mais, avant même l'actuelle explosion du marché de la pornographie, un rapport de 1986 commandé par le Gouvernement américain et publié par le département fédéral de la Justice affirmait que les pédophiles, les violeurs plus généralement, étaient imprégnés d'images pornographiques.
La conscience de la différence et l'épanouissement
L'incapacité et le refus de l'autonomie de l'autre engendre la frustration relationnelle chez ces personnes, et l'incompréhension de la différence et de l'autonomie. La femme exposée dans sa nudité aux regards de tous est une impossibilité de rencontre et d'effort de la découverte, de compréhension. Ce qui est « sacré » est diminué au rang de bien consommable. L'amour se réduit à l'acte. Le prochain, réduit, n'est plus considéré comme une personne. Il est sans identité et n'est plus un individu au sens étymologique, c'est-à-dire indivisible, car il est fragmenté entre son corps et sa pensée. Ses émotions réelles sont rejetées. Le projet de rencontre avec un être complémentaire reste/devient flou et est tronqué, car l'être régi par ses pulsions ne discerne pas entre sentiments et satisfaction charnelle, et car il est limité à cette satisfaction.
La différence homme-femme étant mal perçue, la communication et la communion seront impossibles ; et la personne risque de reproduire ce qui a été vu, qui lui semblera normal.
Cette incapacité à reconnaître l'autonomie du prochain a pour corollaire, dans cette histoire, l'incapacité d'un des violeurs à discerner sa sœur d'une autre personne. Non seulement la femme est considérée comme un corps, non seulement le corps féminin est réduit à une fonction d'instrument, mais, également, le violeur franchit le dernier tabou de l'agression sexuelle : l'inceste. Sa conscience de l'autre est réduite à l'extrême. Ni au moment de l'acte, ni quand il diffusait les images de sa petite sœur en train de se faire abuser, sa conscience n'a semblé se réveiller. S'il fallait une histoire pour illustrer la déshumanisation que provoque la pornographie, et l'aliénation psychologique et morale, voire intellectuelle, ce drame serait à propos.
Les défenseurs du droit à la pornographie, du prétendu message artistique ou philosophique de la pornographie auront beau nier le lien entre l'image et la conduite, le fait est, comme il a été dit plus haut, que présenter un être humain comme un animal c'est avilir l'humanité entière. C'est l'avilir en affirmant qu'un individu de son espèce qui est pourtant aussi digne que les autres n'est rien ; c'est aussi l'avilir en souillant la conscience de ceux qui sont alors déformés par ce qu'ils croient être le vrai et le naturel. Nul ne peut ignorer l'impact de la pornographie sur des enfants et des adolescents, aussi victimes de ces mensonges qui ruineront leur vie. En somme, cette histoire est bien loin des romantiques « scènes d'enfants » inspirées à un compositeur à un moment d'une période sentimentale trouble comme pour l'apaiser. Malgré cela, les pouvoirs publics risquent de ne pas plus agir qu'auparavant contre la pornographie. Dominique Baudis n'avait été que faiblement soutenu par son camp politique, pourtant conservateur, quand, président du Conseil supérieur de l'audiovisuel, il avait décidé de nettoyer les programmes télévisés. Pourtant l'urgence est là quand on sait que 50 à 60% des enfants de 11 ans ont déjà vu des images pornographiques.
(Jean Degert) CPDH - 20/05/08
lien:http://www.cpdh.info/npds/article.php?sid=1036&&thold=0



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