Revue de presse du 02 juin 2008
Par Shy le lundi, juin 2 2008, 07:47 - Revue de presse quotidienne - Lien permanent
Dé(génération) porno
Ce qui suit est la publication d'un article diffusé sur le web à propos d'un film sur l'industrie du porno :
Les témoignages non officiels des coulisses de l'industrie du sexe sont rares. Un film, présenté par une association au parlement suédois dans le cadre d'une réflexion sur la liberté d'expression et la pornographie, rassemble des confidences édifiantes d'actrices, de policiers, de producteurs. "Shocking Truth" est son nom. Attention : visionnage violent. Et vraie colère.
Dépassée Annabel Chong, qui, en 1995, passait sous 251 partenaires en dix heures… Angela Houston, 30 ans, en 1999, s'est fait 622 hommes en 7 heures, soit un homme toutes les 40 secondes. Candy Appels a pour sa part été interrompue au 742ème par la police de Los Angeles. Quant à Sabrina Johnson, 23 ans, elle s'entraîne pour battre le record du gang bang, 2000 hommes en 24 heures prévus à la Saint-Sylvestre.
Aucune étude ne dresse encore le portrait psychologique de ces candidates au viol collectif. Mais Annabel Chong revivait en direct, dans son film, le traumatisme d'un viol véritable. Et Angela, Sabrina, Candy, qui sont-elles ? Qui sont ces femmes qui se disent heureuses après s'être fait passer dessus par une armée ? Qui sont ces Candy, Cookie et autre Molly ? Qui sont ces êtres humains qui se cachent sous des noms de chiennes ou de friandises ? Aujourd'hui, les témoignages sortent. Nous avons visionné « Shocking Truth », film suédois réalisé à partir d'interviews et de montages de films pornographiques diffusés dans le nord de l'Europe, et présenté au parlement suédois en 2000 dans le cadre d'une réflexion sur la liberté d'expression dans la pornographie.
Aussi dérangeant que cela puisse être, derrière chaque vagin, chaque bouche à pipe, chaque anus, derrière chaque trou rempli de foutre, de doigts, de poings, de centaines de bites d'affilée, se cache un être humain.
Un être humain, un corps qui, souvent, saigne entre les scènes. Qui s'évanouit pendant les plans coupés. Qu'on redresse tant bien que mal pour l'éjac finale dans la gueule. Nous le savons aujourd'hui. Beaucoup de sang coule de ces culs anonymes, aux noms de gâteaux. Certes, ne pas penser qu'un être humain, doté du même corps fragile que votre soeur ou votre mère, soit pénétré à la chaîne, saigne, s'effondre, soit marqué à vie, permet de mieux apprécier le spectacle pornographique, d'en jouir plus tranquillement. Mais ce n'est pas la réalité.
Ne pas y penser, c'était mon cas avant. Avant de m'intéresser à l'envers du décor. Même si l'univers formaté et prévisible des films pornos m'a toujours paru ennuyeux, je ne dédaignais pas une vidéo de temps en temps, quelques scènes un peu crades pouvaient même me mettre en train, par contagion joyeuse de l'effet salope. Mais c'était avant. Une fois qu'on sait, il faut bien avouer que ça gâche le plaisir.
Qui sont-elles ?
J'ai commencé cette enquête sans a priori. Entre filles, c'est vrai qu'on se demande. Après tout, celles qui se font mettre par cinquante mecs dans les pornos, d'accord, elles aiment sûrement pas ça, mais n'ont-elles pas choisi ? Elles sont payées pour ça. Même si elles ont besoin d'argent, elles pourraient quand même faire autre chose, non ? Travailler en usine, vendeuse, autre chose.
Mais est-ce vrai ? Avant les grandes luttes sociales, les filles qui bossaient dans les usines chimiques pourries et maladives se mutilaient en connaissance de cause, tout en rêvant de passer à travers. Ces filles auraient-elles pu choisir autre chose ? En vérité, qui sont vraiment ces hommes et ces femmes que le spectateur consomme à longueur de vidéo ? Tous des enculeurs fougueux et des salopes qui aiment ça ? Ou encore des fainéantes qui refusent de bosser ?
Réponse d'un producteur de porno suédois* : « Ce sont très souvent d'anciennes victimes de viols ou d'inceste dans l'enfance. » Et puis, après un temps : « Bien sûr, dans ces conditions, on peut se demander si elles choisissent ce métier librement ».
Quant aux hommes ? Réponse du même producteur : « Les hommes ne doivent pas être émotifs pendant. Il ne faut pas, par exemple, qu'ils attendent une réponse de leur partenaire, qu'ils soient attentifs à leurs réactions. Alors, s'ils sont émotifs, ils ne peuvent pas vraiment faire ce travail. En fait, les hommes doivent pouvoir agir comme des machines. »
Réponse d'un ancien commissaire, qui a rencontré d'innombrables prostituées et actrices du hard* : « J'ai connu des milliers de filles. En fait, j'ai plus l'impression d'avoir rempli une fonction de travailleur social. Ce ne sont pas les mêmes filles dans le porno et dans la prostitution. Mais elles ont les mêmes origines. Presque toutes ont été abusées dans l'enfance. »
Voilà un début de réponse sur les être humains qui travaillent dans le porno. Que ce soit en France, aux Etats-Unis ou en Suède, la constatation des associations, après avoir recueilli de nombreux témoignages est la même. Les milieux défavorisés fournissent un vivier de pauvres filles pour la prostitution et la pornographie. Très souvent victimes d'inceste et violées pendant l'enfance. Ou accrochées aux drogues. Or, constatent les associations, les victimes d'inceste ou de viols, les droguées ne sont pas prises en charge par la société pour bénéficier d'un traitement ou d'un processus d'aide. Elles sont alors directement manipulées par des souteneurs ou des producteurs, parfois dès la sortie des foyers. Elles sont récupérées de façon industrielle pour alimenter les productions bas de gamme en tout genre, jusqu'avec des chiens, des ânes, des chevaux, etc. Chacun y trouverait son compte, que ce soit les services sociaux déjà saturés et incapables de répondre à la demande, ou, bien sûr, les boîtes de production du X tout venant, qui font leur beurre sur ces anciens enfants martyrisés, habitués à la douleur comme à la docilité. Voilà le voile que lèvent les associations sur ces filles. Le corps des plus défavorisés utilement recyclés pour servir de liant social.
Ce n'est pas seulement un scandale mais une horreur. A grande échelle.
Aux USA, l'industrie du porno dégage 4 à 6 milliards de dollars par an. Plus que l'industrie du film et du disque réunie. La diffusion de "Playboy" et de "Penthouse" (24 millions d'exemplaires) est deux fois plus importante que celles de "Newsweek" et de "Time" réunies… Toujours aux USA, 75 % des magasins de vidéo vendent des K7 ou DVD pornos, qui leur assurent entre 50% et 60 % du chiffre d'affaires. Et 65 % des connexions sur le net concernent des sites pornographiques. Derrière les chiffres, combien de corps ?
Backstage : deux filles interviewées * entre deux scènes, du sperme plein le visage. La première, sourire figé, terrible, regard fixe : « Je sais que je suis une grosse pute. Mais je ne me rappelle plus quand ça a commencé » . La seconde : « Peut-être… quand je me suis fait enculer par l'avocat de mon père. Enfin, je ne sais plus si c'était son avocat ou un de ses collègues. J'avais douze ans. » Tout cela dit avec l'indispensable sourire caméra et en enfonçant un doigt manucuré dans une chatte épilée et parfaitement sèche.
Voilà la situation d'être humains entrés volontairement dans le bagne moderne du sexe, si on peut considérer comme un acte de volonté l'impossibilité de refuser des violences nouvelles pour les rescapés de violences anciennes. Qu'advient-il d'eux, une fois entrés ? Maladies, suicides… Comment savoir ? On apprend des associations que la plupart des actrices touchant à la zoophilie se sont suicidées. Enfin, celles dont on connaît le nom. La junkie édentée ramassée dans la rue pour se faire mettre par un lévrier afghan, celle qui pose pour la jaquette du dvd bien en évidence dans le bac prés de l'entrée du sex-shop à côté de chez moi, celle-là, où est-elle aujourd'hui, que lui est-il arrivé depuis? Suicide ? Overdose ? Les culs anonymes passent et crèvent. Qu'importe. Le réservoir à paumés et à déchets sociaux est disponible, à la merci des fantasmes érigés en loi. Ce n'est pas la matière première qui manque.
Mais après tout, comme le dit un autre producteur* : « Il n'y a pas de loi interdisant de faire de l'argent dans un système capitaliste. Je n'ai pas inventé le capitalisme. Je suis innocent. »
L'écran et la réalité
Sur l'écran, le spectateur de porno, à quelques stars près, voit finalement des filles qui se ressemblent toutes. A la couleur des cheveux et la grosseur de poitrine près. Difficile après tout de faire la différence entre un anus et un anus, une bouche à pipes et une bouche à pipes. Pas grand chose d'humain là-dedans, mais plutôt l'excitation au spectacle de morceaux de corps, de viandes avides, gémissants et presque toujours anonymes. C'est d'ailleurs justement cet anonymat, cette facilité, ce côté immédiat et à vif de l'acte sexuel qui font l'intérêt de ce genre de film. Alors, où est le problème ? Au nom de quelles idées réactionnaires condamner mon plaisir ? En quoi la vision de ces scènes peut-elle représenter un danger pour moi, pour les jeunes habitués à une telle sexualité mécanisée et mercantile, etc… ? Telles sont les questions que se pose aujourd'hui le spectateur. Ces questions sont évidemment légitimes, et peuvent faire l'objet d'innombrables débats. D'ailleurs, on les entend partout, de "Max" à l'"Observateur", chez Delarue, sur TF1… Mais le débat ne peut s'en tenir à la seule logique du spectateur, des fantasmes du spectateur. Parce que la réponse à la question « Qu'arrive-t-il et que deviennent les hommes et les femmes sur le tournage d'un film pornographique » n'est pas entièrement contenue dans les images que vous visionnez tranquillement sur votre vidéo (même si certaines choquent par leur inhumanité ou la souffrance visible des actrices).
Rappelez-vous "Gorges Profondes", le film X culte des années 1970, où tout le sexe se réduit à des pipes, queue à fond dans la gorge, ce qui ferait jouir à coup sûr l'héroïne. Pendant le tournage, Linda Marchiano, alors connue sous le nom de Linda Lovelace, était battue et menacée d'un pistolet par son compagnon afin de pouvoir accomplir les performances buccales qui ont fait du film une des œuvres fondatrices de la pornographie. Pendant les mois qui ont suivi, de nombreuses femmes ont été hospitalisées aux Etats-Unis, qu'elles aient été victimes de viols ou que leurs petits amis aient voulu réitérer à la maison l'exploit que Marchiano n'avait pu signer que menacée, dans un état second.
Tournage X*. Une petite blonde assez mince se fait sodomiser sans ménagement par un mec puis par un autre puis par un troisième. Ils font la queue sans état d'âme, bite à la main. Les larmes font couler le maquillage. Difficile de confondre les cris avec des cris de plaisir. Entre le deuxième et le troisième type, qui la secoue comme un sac, elle chancelle et ses yeux virent au blanc. Plan coupé. Séquence suivante, nouvelle enculade, avec en plus trois mains plongées dans son vagin, la fouillant sans ménagement. Quand son partenaire se retire, elle manque tomber. Une main la redresse par l'épaule et lui plaque le visage sur une bite. Elle doit sucer, tout avaler. Interview backstage de cette fille. Les larmes ne sont pas encore entièrement séchées : - Q : Si un inconnu vous mettait sa bite dans la bouche en pleine rue, ça vous dérangerait ? - R : Vous croyez que je les connais bien, les hommes avec qui je viens de tourner ? Je ne les avais jamais rencontrés avant le tournage. Alors si un inconnu jouissait dans ma bouche, non, ça ne me dérangerait pas. Et puis un sourire caméra, d'autant plus atroce qu'on a encore en mémoire les grimaces de douleur de la scène précédente. Elle ajoute : « Mais n'oubliez jamais que j'aime ça. J'adore le sexe, je suis une vraie pute et j'aime ça. » Elle aime vraiment tomber dans les pommes enculée par tous ces mecs ? Ou est-ce la thèse officielle ? Ou pire : finit-elle par le croire ? Et que penser de celles qui diraient aimer ça avec des chiens ou des mulets ? Après la servitude volontaire, voici la torture volontaire, ultime horreur moderne. Backstage, encore. Une autre actrice *, le visage également baigné de sperme. - Q : De quoi avez vous peur ? - R : De devenir un animal. Je ne suis plus un être humain. Je me sens comme un animal.
Même question posée à une autre fille *, en train de sucer un gode fluorescent. Elle sort le gode de sa bouche, et d'un coup son regard change. Eteint. Fixe. Perdu. - Q : De quoi avez vous peur ? - R : De devenir rien. Et ensuite moins que rien.
Backstage toujours. Elle a au plus 24 ans *. Elle raconte son expérience d'ex-actrice de porno et s'écroule en larmes. Elle parle de Cookie en disant « elle », comme s'il s'agissait d'un corps étranger, comme si elle ne pouvait pas raconter à la première personne. Car Cookie, c'est elle. Cookie devait tourner une double pénétration. Elle s'est mise à pisser le sang. Il a fallu couper. Les producteurs et les autres acteurs ont donné des kleenex à Cookie pour qu'elle s'essuie, en la traitant de conne parce qu'elle gâchait le film. Après cinq minutes de pause, le tournage a repris et on lui a fait finir la scène. Elle est payée pour ça, n'est-ce pas. Elle a choisi ça. Cookie dit encore, parlant toujours d'elle-même à la troisième personne : « Cookie avait une hémorragie qui nécessitait une hospitalisation d'urgence. » Cookie n'est sans doute pas la seule à avoir été hospitalisée après un tournage. Les histoires sortent. Une fille condamnée à la chaise roulante suite à un gang bang. Une autre passe six mois à l'hôpital. Comme le raconte Raffaëlla Anderson dans son terrible témoignage, "Hard" : « Prenez une fille sans expérience …, loin de chez elle, dormant à l'hôtel ou sur le tournage : faites lui faire une double pénétration, un fist vaginal, agrémenté d'un fist anal, parfois les deux en même temps, une main dans le cul, parfois deux. Tu récoltes une fille en larmes, qui pisse le sang à cause des lésions, et qui généralement se chie dessus parce que personne ne lui explique qu'il faut faire un lavement. De toute façon, c'est pas grave, la merde fait vendre. Après la scène qu'elles n'ont pas le droit d'interrompre, et de toute manière personne ne les écoute, les filles ont deux heures pour se reposer. Elles reprennent le tournage. »
Limiter le débat à la problématique du plaisir du spectateur est dangereux, parce que ce qu'il voit à l'écran n'est pas la réalité. On parle parfois avec horreur des snuff movies, où les filles seraient torturées à mort. Mais certains films pornographiques se rapprochent des snuffs movies, les tortures sont coupées au montage. Les témoignages sortent des studios. Les images aussi. Jamais on ne voit un gang bang, une double, triple, multiple pénétration ou un fist-fucking, filmé sans coupe, sans montage. Parce qu'alors, comment ne pas ouvrir les yeux, comment imaginer qu'on puisse infliger une telle violence à un corps sans conséquences et sans séquelles ?
Raffaëlla : « Le matin, tu te lèves, tu te fourres pour la nième fois ta poire de lavement dans le cul et tu nettoies l'intérieur. Tu réitères jusqu'à ce que ce soit propre. Rien que ça, ça fait mal. … Après ça, j'ai besoin de me mettre sous la couette une heure pour oublier combien j'en souffre. … Aucune position ne convient. Tu tournes dans tous les sens mais y a rien qui t'apaise. Après quoi, tu te retrouves sur un set et tu suces, tu cambres. On te traite de salope …. Rien ne vaut une telle souffrance. »
La pornographie tout sourire n'est possible que dans un monde virtuel, où les cris de souffrance sont remplacés par des gémissements de plaisir et des appels à y aller plus fort.
Déshumanisation
Voilà pourquoi, il est devenu non seulement stupide mais criminel de faire du débat sur la pornographie un débat « d'idées », où les défenseurs de la censure s'opposent aux soi-disant libres-penseurs sur le thème « quel effet sur le spectateur ? ».
Il est devenu en revanche urgent de s'interroger sur le processus de déshumanisation de milliers d'hommes et de femmes engagés dans la pornographie à la chaîne. Les témoignages sur les coulisses de la pornographie m'ont bouleversée et horrifiée. Il y résonne des échos familiers qu'on aurait bien voulu ne plus jamais entendre. Relisez n'importe quel témoignage de rescapés, consultez n'importe quel document sur la torture. Cela se passe, cela s'est toujours passé de la même manière. En Europe, en Afrique, en Amérique. Le processus de torture vise à priver un être humain de sa qualité d'être humain. La torture vise à le réduire à l'état d'animal, à l'anéantir jusqu'à ce que lui-même ne se considère plus comme humain, mais comme rien, moins que rien.
À chaque fois que l'on visionne un film pornographique, il faut s'en souvenir. Qu'advient-il de ces filles dont la plus grande peur est d'être devenue « un animal » ou « rien, moins que rien » ? Nous le savons. Certaines meurent de cancers, du sida ou d'hémorragie. Beaucoup conservent des séquelles physiques et psychologiques qui les poursuivent longtemps. Rocco Sifredi lui même a reconnu un jour que certaines « actrices » du porno bas de gamme, ultra majoritaire, avaient le sexe et l'anus détruits. L'américaine Catherine Mac Kinnon, qui a recueilli des dizaines de témoignages, décrit une de ces femmes de manière saisissante : « Elle n'a pas de nom. C'est une bouche, un vagin et un anus. Qui a besoin d'elle en particulier quand il y en a tant d'autres ? Si elle meurt, à qui manquera-t-elle ? Qui portera son deuil ? Qui s'en inquiètera si elle disparaît ? Qui est-elle ? Elle n'est personne. Littéralement, personne »
En Australie, beaucoup d'actrices ont recours à des opérations chirurgicales spécifiques. Il ne s'agit plus maintenant de retouches « classiques » (comme augmenter le volume des seins) mais de se faire ôter les grandes lèvres, afin que le vagin soit plus visible à l'écran… Rien qu'un trou.
Spectateur bourreau
Il faudrait traiter les rescapés de ce bagne moderne avec le même respect, les mêmes précautions que les rescapés de la torture. Après cette enquête et avoir visionné les images de « Shocking Truth », je sais que je ne pourrai plus regarder un film porno comme avant. Je demande à sortir de la logique du spectateur. Qu'il nous suffise d'écouter notre corps. Il n'y a pas de débat d'idées sur le porno sans un débat de chair. Nous nous indignons du massacre des bébés phoques, du gavage des poulets, jusqu'aux animaux mal traités dans les tournages X. Citons pour rire, pour le fou- rire car sans folie, il faudrait en pleurer, cet avis d'un internaute sur la zoophilie « même si j'adore la sexualité filles / animaux je ne peux cependant, en tant que technicien vétérinaire, défendre l'idée d'une interaction sexuelle entre l'être humain et l'animal, parce que cela ruinerait la psyché de l'animal et le ferait ensuite agir de façon intolérable au regard des règles de politesse de la société humaine. De plus, il serait mal d'encourager un animal innocent à suivre les traces du mâle humain, en quête d'un idéal inaccessible ». Froid dans le dos.
Virtuel mortel
Imaginons un instant qu'ait lieu une campagne d'information des spectateurs, avec diffusion sur une chaîne généraliste d'un film documentaire (du type « Shocking truth ») comportant des images porno tournées « backstage » . Pour la plus grande majorité, le passage d'une représentation virtuelle à une réalité physique atroce contribuerait à une diminution considérable, si ce n'est à une disparition totale de l'excitation provoquée par ces images. C'est à ce stade, et à ce stade seulement, qu'il faut réintégrer le point de vue du spectateur pour comprendre les résistances que soulèvent aujourd'hui les attaques dirigées contre la pornographie. Ce spectateur, ces millions de spectateurs, une fois privés de leur jouissance virtuelle, devraient chercher d'autres ressources pour leur plaisir onaniste. Mais combien d'entre eux en sont-ils encore capables ?
Il ne faut pas sous-estimer la terreur et l'agressivité que suscitent chez certains la fin du rêve pornographique, la fin de l'image de la femme-trou, le désarroi que serait pour eux la perte d'un univers fantasmatique virtuel qui est souvent leur principal accès à la jouissance. Comment jouir dans le monde réel ? Comment jouir de chair et d'odeur et du poids et de la présence vivante et souffrante d'une femme ? Il est urgent de proposer aux adolescents une autre vision du sexe et de l'amour que celle des femmes-orifices et des enculeurs-performance. On peut d'ailleurs se demander quels bons petits soldats dociles, quelles brutes obéissantes et conditionnées on cherche à faire des hommes, pendant qu'on transforme les femmes en animaux / objets méprisables et maltraités. Les chefs de guerre serbes dopaient leurs troupes aux films pornos avant de faire des descentes dans les villages ? Tout est fait pour que le spectateur onaniste reste enfermé dans l'ignorance de son propre corps et donc forcément aussi dans celle du corps de l'autre - en psychopathe qui non seulement ne réagit plus à la souffrance d'autrui, mais en jouit. La question du spectateur est : quelle humanité préparons nous, et voulons nous fabriquer des générations d'individus conditionnés, dociles, économiquement performants, prêts à tolérer n'importe quelle abomination de la part du corps social qui les entretiendra dans leur jouissance maladive?
Amoureux de la chair, des odeurs, de la sueur, des infinis jeux du sexe, nous ne nous devons pas seulement d'informer nos semblables sur les violences de la pornographie industrielle. A nous de témoigner de notre joie de vivre dans le monde réel et de défendre avec délectation les formes infinies de la jouissance incarnée. La joie, plus forte que le gang bang.
Merci de tout cœur à Malka Malkovich et à Solenne Bardé, pour leur aide précieuse, pour leur courage et pour leur joie de vivre.
I.S.
- Tous les témoignages marqués d'une * sont filmés dans « Shocking Truth ».
Isabelle Sorente, ancienne élève de l'école Polytechnique, est romancière et auteur de théâtre. Elle a publié "Le Coeur de l'ogre" (JC Lattès, 2003), "La Prière de septembre" (JC Lattès, 2002), "L" (JC Lattès, 2001) et "Hard Copy" (Actes Sud, 2001).
jeudi 04 Janvier 2007
Agés 11 et 12 ans, ils violent une fillette de 10 ans et diffusent la scène dans leur collège...
Deux préadolescents de 11 ans et 12 ans ont été mis en examen mardi pour avoir violé la sœur du second âgée de 10 ans à la Queue-les-Yvelines (Yvelines) et diffusé la scène via un portable dans leur collège Maurice-Ravel à Montfort-l'Amaury (Yvelines), a indiqué ce vendredi une source judiciaire à l'AFP.
Il y a huit jours, le plus jeune des deux garçons avait invité chez lui son copain, venu accompagné de sa sœur. Ils avaient regardé un film pornographique et décidé de reproduire toutes les scènes avec la fillette, a raconté une source judiciaire, confirmant une information du «Parisien».
«Un dérapage de gamins»
Les deux garçons, élèves de sixième, avaient filmé les scènes et diffusé les images à une centaine d'élèves via un téléphone portable pendant une semaine.
Agés de moins de 13 ans, ils ne peuvent faire l'objet que de sanctions éducatives, tel qu'un placement ou un stage dit de réparation pénale, a précisé une source judiciaire.
«Il est évident que nous ne faisons pas face à des pervers: il s'agit d'un dérapage de gamins, d'un problème d'éducation dans un milieu pourtant aisé», a estimé cette source.
«Collégiennes traumatisées»
L'inspection académique doit envoyer ce vendredi aux parents des élèves du collège une lettre «pour rappeler les dangers que peuvent représenter pour les enfants Internet, les vidéos et les portables», a expliqué le rectorat de Versailles.
Une cellule d'écoute psychologique doit également être mise en place dans l'établissement où les élèves, et notamment «les collégiennes sont traumatisées», a expliqué ce porte-parole.
Par http://www.20minutes.fr/
Quelques statistiques :
- Les chiffres:
De plus en plus d'adolescents regardent des pornos : D'après une étude du CSA, 80 % des garçons entre 14 et 18 ans et 45 % des filles du même âge déclarent avoir vu au moins une fois un film X durant l'année passée. Plus les répondants sont âgés, plus la fréquence de consommation augmente. Néanmoins, près d'un mineur sur 10 consomme régulièrement, c'est à dire au moins une fois par semaine. (Source: CSA)
- Les différences entre les sexes:
Lorsqu'on étudie les consommateurs de pornographie par sexe, on constate de fortes différences entre les 2 sexes. En effet, plus de 50% des garçons regardent des films "porno" au moins une fois par mois, seule une fille sur 3 consomme autant. (Mutualité Socialiste, Enquête jeunes – Sexualité 2006)
- Les sources des films pornos:
L'accès aux contenus pornographiques peut être très divers: Si les filles ont vu des films X principalement à la télévision, les garçons les visionnent également en vidéo et sur internet. (Source: CSA)
Les ados se trouvent de plus en plus tôt en possession d'un portable. Concernant la réception de contenus pornographiques, le rôle du portable a augmenté ces derniers temps. Autre danger: les chats, particulièrement fréquentés par les adolescents entre 12 et 15 ans. (JIM, 2007 )
- Conséquences:
Un jeune de 15 ans sur 10 a déjà connu sa première relation sexuelle.
En ce qui concerne la sexualité des filles, elles sont plus de 44% à juger négativement les effets de la pornographie. Les garçons ne sont que 28,47% à partager cet avis.
L'opinion est bien différente selon qu'on interroge les garçons ou les filles. En effet, les garçons expriment une opinion plutôt positive à l'égard de la pornographie (54 % disent que cela les amuse et les distrait), alors que les filles notifient leur aversion pour ce type d'images (56 % disent que cela les dégoûte). (Mutualité Socialiste, Enquête jeunes – Sexualité 2006)
"Montrer des limites et veiller à leur respect"
Interview de Volker Höhlein, travailleur social
Membre actif de l'Association « Wendepunkt », Volker Höhlein s'occupe d'enfants et adolescents victimes d'abus sexuels. Il aide plus particulièrement des jeunes qui ont vécu une telle expérience et conseille l'entourage familial de ces victimes.
ARTE : A en croire les statistiques, les adolescents sont de plus en plus consommateurs de pornographie. Est-ce que ce comportement a une incidence sur votre travail ? Volker Höhlein : Nous sommes bien sûr touchés par cette tendance. Nous essayons de sensibiliser les jeunes aux risques d'abus par le biais des téléphones portables et de l'internet. Nous sommes très régulièrement confrontés à des enfants et adolescents qui ont déjà été en contact avec des contenus à caractère pornographique ou qui ont été invités ou forcés par une personne malveillante à écouter ou visionner de tels contenus, alors qu'ils n'avaient aucun moyen de se rendre compte de la portée de cet acte. Les travailleurs sociaux et les enseignants nous parlent de jeunes qui se filment mutuellement, dans des situations mettant en scène des actes de violence par exemple, pour diffuser ensuite ces films. Des parents viennent nous consulter parce qu'ils ont appris que leurs enfants étaient confrontés à des propositions équivoques par téléphone portable ou sur internet. La toile, comme les téléphones portables, sont devenus des objets familiers de la vie quotidienne pour les enfants. De ce fait, ils représentent une source importante de dangers pouvant conduire à des abus sexuels. Des thèmes comme amour, sexualité et violence se mélangent aujourd'hui à plus d'un titre et nous constatons une grande immaturité dans la manière d'aborder cette évolution. Ce qui manque aussi c'est la prise de conscience de la limite entre simple blague et situation sérieuse.
ARTE : Cette dérive est-elle dangereuse à vos yeux ? Ce qui est dangereux, c'est l'inconscience avec laquelle ces moyens de communication sont utilisés. De nombreuses situations qui n'étaient jusque-là que des notions abstraites, sont aujourd'hui illustrées par des images et des films. Les enfants et adolescents ont aujourd'hui libre accès à la télévision et à internet, souvent par le biais du poste de télévision dans la chambre d'enfants. Ils sont dès lors confrontés à une dimension arbitraire dans l'utilisation de ces moyens de communication qui se répercute ensuite sur d'autres médias. Avec les téléphones portables par exemple, tout le monde a aujourd'hui une caméra à portée de main. Là aussi, avec une absence totale de discernement. Tout le monde peut filmer ce qu'il veut et diffuser ces enregistrements, mais personne ne montre aux enfants où sont les limites d'un tel comportement.
ARTE : Dans le temps, cette tendance concernait surtout les garçons alors qu'aujourd'hui, on observe un changement de plus en plus marqué du comportement sexuel des filles. Quelles sont les raisons de cette évolution ? Avec l'émancipation des filles qui se sont appropriées, à tort dans certains cas, le comportement des garçons et des hommes. Les femmes sont aussi devenues plus naïves en ce qui concerne leurs propres limites et possibilités. Les filles prennent aujourd'hui plus facilement des risques. La conséquence est qu'elles deviennent aussi des proies plus faciles. Elles ne voient aucun problème à partir à l'aventure avec d'autres adolescents qu'elles connaissent à peine. Dans un des cas que nous suivons, cela s'est terminé par un viol collectif. Un autre cas montre très clairement que la fille concernée avait perdu toute notion de ses limites, alors que la connaissance de ces limites est très importante pour le développement sexuel des enfants. Ici, la responsabilité des parents est clairement engagée dans la mesure où ils ont omis de montrer ces limites à l'enfant et où ils n'ont pas non plus veillé à leur respect.
ARTE : Comment les parents doivent-ils réagir quand leurs enfants sont au contact de contenus à caractère pornographique ou violent ? Souvent, les parents ne savent malheureusement pas qui leur enfant fréquente ou ce qu'est un tchat sur internet. Ils devraient se familiariser le plus tôt possible avec l'ordinateur et internet pour apprendre à leurs enfants, au plus tard vers 10 ou 12 ans, comment se servir de cet outil de communication en toute sécurité. Il est parfaitement normal que les enfants essaient de transgresser les règles imposées par les parents. Mais il est très important aussi de fixer de telles règles et, le cas échéant, de sanctionner les transgressions. Pas seulement dans une finalité de contrôle, mais aussi pour montrer qu'ils s'intéressent à l'enfant. Les parents devraient toujours privilégier l'échange direct et être à l'écoute des enfants. S'intéresser à leurs réactions, à leurs sentiments après avoir été confrontés à des contenus pornographiques. En ce qui concerne les adolescents, il est très important de prendre position par rapport à ces contenus, notamment en ce qui concerne l'image de la femme véhiculée par la pornographie.
ARTE : Très concrètement, comment peut-on protéger ses enfants ? Il est relativement facile de « sélectionner » les contenus sur internet par le biais de filtres parentaux. La prudence est de mise en particulier sur les tchats. Les jeunes ne devraient en aucun cas donner leur nom ou leur adresse sur internet ou accepter des rendez-vous avec des inconnus. Il faut apprendre à son enfant à partir de quand la méfiance est de mise, évoquer avec lui des scénarios potentiellement dangereux. Les agresseurs ont des stratégies très subtiles pour construire petit à petit une « relation » avec l'enfant ou l'adolescent, pour abattre lentement les barrières jusqu'au moment où ils lui proposent une rencontre.
ARTE : Quelle est la responsabilité des écoles et des enseignants dans ce contexte ? Est-ce qu'il existe un enseignement dans ce domaine ? J'estime qu'il serait judicieux de proposer une sorte de permis internet pour les enfants qui ont accès à l'outil informatique à l'école. Dans les écoles, le sujet reste un tabou alors que les enseignants en particulier devraient se pencher sur ce problème en proposant un enseignement adapté à l'âge de leurs élèves. Des mesures préventives pourraient être mises en place dès l'école maternelle, en apprenant par exemple aux enfants à faire confiance à leurs sentiments.
Les jeunes, consommateurs et victimes
Qu'il semble loin le temps des aventures érotiques d'Emmanuelle et de ses images suggestives… Aujourd'hui, la société développe clairement une saveur pornographique, avec des consommateurs pornophages de plus en plus jeunes et, forcément, une vision de la sexualité totalement erronée.
Le raz-de-marée sexuel submerge aujourd'hui notre quotidien. Des publicités porno-chic à tire-larigot, le règne de l'image sur l'imaginaire des pré-adolescents, l'envie de faire comme les « grands » et une première appréhension de la sexualité et des rapports hommes-femmes qui passe au travers d'images pornographiques charriant violence, clichés et pratiques crues ne tournant plus qu'autour du génital et faisant abstraction de tout sentiment. Les jeunes, pré-adolescents et adolescents, comme tout-un-chacun d'ailleurs, ont très facilement accès aux images et contenus pornographiques qui ne sont désormais plus qu'à portée de clic de souris. Internet a remplacé la télévision et certains sites proposent, gratuitement ou contre paiement, des séquences porno de qualité diverse. C'est l'univers du cybersexe.
La fabrication d'une génération perturbée L'accès se banalise donc fortement, et d'après le conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), près d'un tiers des 9 – 15 ans ont déjà visionné au moins une minute de film X, que ce soit à la télévision, sur internet ou même par téléphone portable. Autre tendance, entre 14 et 15 ans, huit garçons sur dix voient au moins un film porno par an, et un garçon sur trois en visionne plus de dix chaque année. Regarder du porno semble donc monnaie courante et d'après une étude européenne menée en 2003 auprès de 16.000 collégien(ne)s français(es), les filles seraient plus traumatisées que les garçons : 56% d'entre elles affirment que ces images les dégoûtent, 28% qu'elles les mettent mal à l'aise et 16% qu'elles les choquent ; en revanche, chez les garçons, 54% se déclarent amusés, 34% avouent que cela leur plaît et 12% qu'elles leur sont utiles. « Bien évidemment, comme l'affirme le sexologue et directeur de l'institut de sexologie Jacques Waynberg, la curiosité sexuelle est normale à cet âge. Pour le puceau, il s'agit de voyeurisme polisson. Mais le principal problème, ici, est que la constitution de la sexualité ne se fait pas par l'imaginaire. Et l'impact peut s'avérer catastrophique sur des jeunes sans aucune expérience ». En fait, ces représentations sommaires et crues du rapport sexuel font illusion et, surtout, font mine d'être une représentation de la réalité. « Nous sommes en présence d'un substitut artificiel à la sexualité, poursuit Jacques Waynberg, la vision est tronquée, comme si, pour apprendre la langue française, nous ne lisions que des romans policiers. Dans le cas des films pornographiques, c'est identique. Tout le champ de la sexualité n'est pas dévoilé ». Conséquence : la fabrication d'une génération qui risque d'être « incapable d'avoir et de construire une sexualité pleine et riche ».
Le porno joue donc un rôle de substitut à une éducation sexuelle qui n'existe plus nulle part : l'établissement scolaire s'en dédouane ou aborde le sujet sous l'angle scientifique et biologique, la famille reste dans la majeure partie des cas hermétique à ces thématiques et les discussions entre copains se résument à des comparaisons de performances, réelles ou fantasmées. « L'homme nage constamment dans l'épouvante, il est uniquement obsédé par la taille du sexe, précise Jacques Waynberg. Et son seul objectif, c'est de parvenir à remplir la béance féminine par la pénétration. Cela correspond au complexe bien connu de la castration ».
Le sexe, produit éphémère de la société de consommation Dérives majeures de la pornographie, les pratiques sexuelles. Et puisque règne le diktat de la performance, l'homme doit correspondre à l'image d'un Rocco Siffredi, il devrait enchaîner les érections comme un infatigable étalon et pratiquer la sodomie dans ses rapports avec ses partenaires. « C'est une situation inquiétante, commente Jacques Waynberg. Le jeune téléspectateur d'un film porno s'identifie à des interprètes dont le métier consiste à faire du sexe et qui ne correspondent pas à la norme. Chez eux, il n'y a pas de sentiment. Ca développe forcément un complexe. Et puis les pratiques ne sont également pas la norme : la sodomie, le triolisme, les orgies. Femmes et hommes ensuite, s'ils sont trop influencés par cela, se demandent s'ils sont normaux parce qu'ils n'aiment pas ça ». La déferlante tout-sexe constitue donc un vrai danger et, selon l'anthropologue, psychiatre et sexologue Philippe Brenot, « le porno est le plus mauvais modèle qui soit en termes de sexualité : corps morcelés, gros plans sur les organes génitaux, cadences accélérées, violences des gestes et des mots… Cela génère de la dévalorisation de l'autre et de soi ». Le poids du sexuellement correct ne cesse de se renforcer et l'érotisme, lui, disparaît totalement des relations. Par ailleurs, l'homme apparaît toujours comme le dominateur et la femme comme une créature dont l'unique rôle consiste à se soumettre aux envies bestiales du mâle, une partenaire jetable réduite à l'état d'objet. Du coup, les garçons, par ces représentations, ont tendance à classer les femmes en deux catégories : les « faciles » avec lesquelles on peut tout faire – illustration malheureusement bien réelle en est livrée par les « tournantes », les viols collectifs –, et les autres auxquelles on peut éventuellement s'attacher sentimentalement. Certains spécialistes évoquent aussi aujourd'hui la « sexualisation de l'enfance ». Si l'âge de la première relation sexuelle se situe autour de 17 ans, les jeunes semblent vivre des expériences étonnantes de plus en plus tôt et le phénomène semble même se banaliser. Dans certaines cours d'écoles et de collèges, la tendance est à la fellation et à la masturbation, les vestiaires et les toilettes sont parfois sous haute surveillance et la mode est au « fuck friend », symbole d'un sexe consommé pour être immédiatement jeté aux oubliettes, à l'image d'un produit éphémère sans autre intérêt que le plaisir qu'il procure dans l'instant.
La pornographie, addictive et asservissante Dernier aspect marquant dans l'actuelle société pornophage, l'impact des nouvelles générations de téléphones portables. Ces appareils deviennent, à l'instar des caméscopes ou caméras numériques, des moyens de plus en plus fréquents pour fabriquer son propre film amateur ou capter des scènes de sexe, à l'image du happy slapping et des actes de violence gratuite dont des séquences sont ensuite diffusées sur la toile. Les jeunes générations s'emparent de ces outils et surfent sur une vague pétrie d'un exhibitionnisme valorisant et de la nécessité d'afficher, encore et toujours, le culte incontournable du phallus. Voilà donc encore l'un des aspects du grand chapitre des dangers de la pornographie qu'Alexandre Soljénitsine assimilait à un asservissement de plus dans la société contemporaine : « On asservit mieux les hommes avec la pornographie qu'avec des miradors ». Affirmation reprise et confirmée par plusieurs études d'ampleur sur le phénomène de la pornographie dont certaines pointent essentiellement un danger majeur : le risque de la misère culturelle lié à la consommation à outrance, voire addictive, de la pornographie. Les réalités sensorielle, émotionnelle et existentielle disparaissent au profit d'impostures et de leurres virtuels. Un nouvel ordre sexuel – né en 1953 avec l'avènement du magazine Playboy – se met au service d'une réalité encore bien plus concrète, sonnante et trébuchante : l'industrie du porno représenterait aujourd'hui un chiffre d'affaire annuel estimé à près de 60 milliards d'euros.
lien : http://www.alterinfo.net/De-generation-porno_a20231.html



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